L’Open Innovation, le lien qui réunit start-ups et grandes entreprises

23 juil. 2018 / EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE

L’Open Innovation, le lien qui réunit start-ups et grandes entreprises

Comment les grands groupes peuvent-ils travailler avec les start-ups pour mettre en œuvre l’innovation dans le secteur du bâtiment ? L’Open Innovation s’affiche comme une voie pleine de promesses, suggèrent les participants d’une table-ronde organisée par le Gimélec à l’occasion de la remise de ses Prix Smart Building.

Comment davantage innover et répondre à l’accélération des innovations en matière de bâtiments intelligents ? Question emblématique que Véronique Pappe, directrice du média social Construction21 France, a posé en introduction d’une table ronde dédiée à l’Open Innovation, dans le cadre des Prix Smart Building remis le 4 juillet par le Gimélec (organisation professionnelle d’industriels et fabricants de systèmes de pilotage et d’optimisation de l’énergie et des process) en partenariat avec Kinov, Impulse Partners et Gfi Informatique.

D’emblée, il s’avère que, pour valoriser les actifs de la filière du bâtiment, le numérique est aujourd’hui incontournable et que l’innovation passe par l’ouverture aux acteurs extérieurs. « Seul, on contribue à une portion de la fonction. D’autres acteurs apportent des compléments de valeur. L’ensemble contribue à la valorisation de l’actif », considère Sébastien Meunier, directeur Marchés & Prescription, Division EP France chez ABB France et en charge du groupe de travail « Transformer la filière » au sein du Gimélec. « Nous ne sommes donc pas seuls à livrer l’application et il faut ouvrir la porte et réfléchir à qui d’autre intervient sur le marché. »

Mais avant de s’ouvrir, encore faut-il identifier les projets innovants. « Ils n’arrivent pas par hasard », assure David Le Louarn, co-fondateur de Kinov, une start-up créée en 2016 qui accompagne les entreprises, grandes et petites, dans leur démarche d’innovation. L’entrepreneur identifie trois terrains propices à l’émergence de projets d’innovation : par l’expression de besoins métier ; par la remontée d’idées en interne dans un processus d’innovation ; par la découverte d’une idée, d’un produit ou d’une technologie externe proche du métier de l’entreprise et qui va la pousser à construire un projet d’innovation.

 

Faire à plusieurs ce qu’on ne parvient pas à réaliser seul

Lequel peut donc s’ouvrir à l’extérieur pour se concrétiser. C’est l’idée défendue par Jean-Paul Muller, directeur du laboratoire La Forge à la direction de l’Innovation de Gfi Informatique. « Pour nous, l’Open Innovation est un formidable moyen de faire à plusieurs ce qu’on ne parvient pas à réaliser seul. Chacun va apporter la brique que l’autre n’a pas pour construire ensemble. » Quitte à casser la relation client-fournisseur pour privilégier un modèle de co-construction. « Cela permet de partager les risques et les coûts selon un modèle fast fail, et que chacun reparte avec le travail commun pour ses propres besoins. » Et pour lui, ce n’est pas une question de taille entre les partenaires mais « d’intérêt commun ».

Au-delà de l’intérêt technologique commun, que peuvent apporter les entreprises aux start-ups pour travailler de manière profitable aux deux parties ? David Le Louarn rappelle que le statut des jeunes pousses est fragile et qu’elles cherchent généralement un grand soutien à travers l’Open Innovation. Lequel peut se traduire par un moyen de faire rentrer du cash, d’obtenir de la légitimité avec une première référence client (qui facilitera la venue des suivants), ou encore d’obtenir un feed-back. « C’est une occasion de tester le produit et de perfectionner l’offre à commercialiser », suggère le responsable de Kinov.

 

La finalité du PoC est son industrialisation

Il rappelle néanmoins que le PoC (prototype) n’est pas une finalité pour la start-up. « Les PoC ne doivent pas être récurrents, juste des tests. La pire chose qu’il puisse arriver à une start-up est de passer plusieurs années à faire des PoC. » La finalité du PoC est donc bien son industrialisation pour assurer le développement durable de la jeune organisation.

La rapidité est également une attente forte. « Une start-up raisonne au mois le mois, plus de six mois, c’est trop long. » David Le Louarn recommande également de ne pas négliger la gouvernance du PoC et suivi du KPI. « Aujourd’hui, un PoC sans critères d’évaluation risque de ne pas être validé lors du passage à l’industrialisation. » Enfin, il faut vérifier que la vision de l’entreprise est bien alignée avec le projet d’innovation. « Si le PoC n’est pas aligné avec la stratégie de l’entreprise, on va devoir tuer le projet le jour où il faut investir pour l’industrialiser. »

Les start-ups peuvent aussi recevoir du soutien du côté des pouvoirs publics. Notamment avec Bpifrance, l’organisme public d'investissement, de financement et d’accompagnement des entreprises françaises créé en 2013, et particulièrement du côté du Hub de Bpifrance. « Bpifrance Le Hub accompagne des start-ups en hyper croissance et en phase de passage à l’échelle, ainsi que de grandes entreprises qui ont fait du digital un axe stratégique fort : 70 ont été soutenus par la banque publique d’investissements à ce jour. Nous travaillons à mettre en relation ces deux populations afin d’accélérer les partenariats commerciaux et capitalistiques entre elles », explique Muriel Prudent, Corporate Manager chez Bpifrance Le Hub. Ce qui implique de « bien comprendre l’enjeu prioritaire des grands groupes pour leur sourcer les sociétés innovantes les plus pertinentes » dans l’idée de « transformer ces rencontres en PoC, et de travailler ensuite avec le grand groupe à leur déploiement », résume Muriel Prudent.

 

Qualifier la start-up pour réussir le projet

Bien étudier la start-up pour la qualifier et réussir l’industrialisation est un point crucial dans le succès du projet, confirme David Le Louarn. « On reproche souvent la lenteur et la rigidité des grands groupes mais côté start-up, il y en a beaucoup qui ne tiennent pas la route. Une bonne qualification des sociétés permet d’éviter de lancer des projets avec des partenaires qui vous font faux bond ou qui ont survendu une technologie pas encore développée. » Il conseille également de vérifier que la start-up a les reins assez solides pour supporter le passage à l’échelle.

De son côté, Jean-Paul Muller suggère aussi d’anticiper les éléments du chemin de conformité. « Ce n’est pas parce que ça marche dans un labo que ça répond parfaitement au besoin métier. » Coûts de déploiement et de maintenance (run), coûts oubliés de ligne produits, de supply chain… autant d’étapes déterminantes qui peuvent tuer le déploiement industriel faute d’un retour sur investissement satisfaisant.

 

Ecrire la feuille de route ensemble

Le porte-parole de Gfi Informatique propose également de casser les silos sectoriels. « Quand on reçoit une banque ou un industriel, on aime bien lui montrer ce qui se fait dans le retail, la eSanté, etc. Quand on abstrait le secteur, beaucoup de processus sont hyper reproductibles. L’Open Innovation s’inscrit alors comme un endroit où il est intéressant de regarder ce qui se passe ailleurs et de l’adapter à son contexte. »

Une vision que partage globalement Sébastien Meunier qui, en conclusion au nom du Gimélec, constate que l’Open Innovation revient à travailler autrement. « On se rend compte que, dans une approche systémique, globale, chacun est contributif à l’ensemble final. » Selon lui, il faut dépasser les peurs [du secteur] propres à l’impossibilité de tout maîtriser « A partir du moment où l’on a pris conscience de ces approches globales d’infrastructure, de logiciel, d’algorithmes d’intelligence artificielle et des services associés, on a une opportunité formidable. » Une opportunité qui appelle à « écrire ensemble la feuille de route avec les partenaires, start-ups et grands groupes ». Et de lancer un appel sous forme d’avertissement : « Il faut vous occuper de l’Open Innovation dans vos entreprises car elle aura lieu quand-même. » Tout est dit.






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